Dépression résistante : nouvelles modalités de pratique des électrochocs

Le traumatisme collectif associé à la pratique des électrochocs dans les années 1930 a mis cette thérapie au rebus pendant des années. Aujourd’hui encore, elle a mauvaise presse et elle reste peu pratiquée en France. Pourtant, « l’électroconvulsivothérapie reste le traitement de référence des dépressions résistantes, notamment au long cours. Il s’agit d’un traitement à la fois rapide et bien toléré », a indiqué le Dr Michaël Barde (Clinique du château, Garches), au cours d’une session consacrée aux nouvelles pistes thérapeutiques à disposition dans la dépression résistante lors de l’ édition 2017 du congrès de l’Encéphale [1].

L’électroconvulsivothérapie (ECT), une nouvelle piste thérapeutique ?

Certes, puisqu’on considère qu’elle n’a plus rien avoir avec les électrochocs d’antan aussi bien en terme de technique et de réalisation que d’indications.

En pratique aujourd’hui, un courant électrique très léger est envoyé dans le cerveau à l’aide d’électrodes situées au niveau des tempes afin de créer une crise convulsive de 25 à 30 secondes. L’administration du courant est précédée d’une anesthésie générale courte (de l’ordre de cinq minutes) doublée d’une injection de curare pour éviter les mouvements convulsifs des muscles et le risque traumatique associé.

L’électroconvulsivothérapie reste le traitement de référence des dépressions résistantes, notamment au long cours — Dr Michaël Barde

À l’issue d’une cure de douze séances, 80% des patients en dépression sévère répondent au traitement, un résultat bien supérieur à ceux obtenus avec les antidépresseurs.

Quelles indications ?

Dans la dépression, l’ECT est indiquée en urgence, dans les formes agitées ou anxieuses, dans les mélancolies délirantes et en cas de catatonie. Elle est également indiquée en cas de dépression résistante, d’antécédents de bonne réponse aux ECT et chez les personnes plus vulnérables aux médicaments comme les sujets âgés ou les femmes enceintes.

Il a également été montré que l’ECT pouvait être efficace pour le traitement des épisodes dépressifs dans des cas de démence (30 à 50 % des patients souffrant de démence vivent un épisode dépressif). Le Dr Barde précise, à ce sujet, que les effets secondaires cognitifs de l’ECT ne sont pas plus importants chez les patients âgés que chez les plus jeunes.

En unitemporal, deux fois par semaine ?

Sur le plan des modalités de réalisation de l’ECT, les dernières données de la littérature [2] montrent qu’il n’y a pas d’infériorité des ECT lorsqu’elles sont réalisées en unitemporal deux fois par semaine versus en bilatéral, à condition que la charge délivrée au patient soit une charge haute, soit 6 fois supérieure au seuil épileptique (pour les ECT bitemporales, la charge est une fois et demi celle du seuil épileptique). «Cependant, même avec des charges élevées, la tolérance sur le plan neurologique des ECT unilatérales est meilleure avec une récupération de l’orientation et une mémoire autobiographique meilleures à court et à long terme (6 mois) », a souligné l’orateur.

Par ailleurs, pratiquer des ECT 3 fois par semaine plutôt que deux ne donne pas de meilleurs résultats pour une moins bonne tolérance, indique-t-il.

Quelle tolérance ?

En ce qui concerne la tolérance, l’ECT, de même que l’anesthésie qui y est associée, n’est pas sans risques et il y a donc des contre-indications (infarctus du myocarde, hypertension intracrânienne…). En termes d’effets secondaires, des nausées, une confusion, de la fatigue, des maux de tête et des douleurs musculaires transitoires peuvent survenir après une séance. Plus gênant, des troubles cognitifs, comme une amnésie de type rétrograde peuvent persister plusieurs semaines après le traitement. Les accidents graves sont très rares : 2 décès pour 100 000 traitements.

Le Dr Barde a des liens d’intérêt avec AstraZeneca, Servier, Lundbeck, Otsuka Pharmaceutical France.

 

REFERENCES :

1. Dépression résistante, les nouvelles stratégies. Encéphale. Jeudi 19 janvier 2017

2. Semkovska et coll. AJP. Avril 2016

Liens

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Citer cet article: Aude Lecrubier. Dépression résistante : nouvelles modalités de pratique des électrochocs – Medscape – 13 févr 2017.

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