Où la contraception mène à la dépression-JIM.fr

L’incidence de la dépression tend à augmenter substantiellement dans tous les pays. Elle touche environ 2 fois plus les femmes que les hommes. Dans sa pathogénie interviendraient les hormones sexuelles féminines, œstrogène et progestérone.

De fait, certains neuro métabolites de la progestérone pourraient jouer un rôle, soit directement, soit par l’intermédiaire des récepteurs de l’acide gamma aminobutyrique.

Il est aussi plausible que les progestatifs externes, plus que l’hormone naturelle, tendent à augmenter les taux de monoamine oxydase, avec pour conséquence une baisse du taux de sérotonine et, cliniquement, une tendance à la dépression et à l’irritabilité. Les taux d’œstrogènes pourraient aussi influer, une baisse nette du taux d’œstradiol étant associée positivement à la survenue d’un syndrome dépressif.

Une étude de cohorte danoise

Des millions de femmes ont recours, de nos jours à la contraception hormonale mais, paradoxalement, peu d’études ont tenté de quantifier ses effets sur le risque de dépression, études dont les résultats étaient souvent contradictoires. CW Skovlund et collaborateurs ont donc voulu préciser si l’utilisation d’une contraception hormonale était associée positivement à la prise d’antidépresseurs (AD) ou à un diagnostic plus fréquent de dépression. Ils ont, dans ce but, analysé, de façon prospective, les données d’une très vaste cohorte de niveau national incluant plus d’un million de femmes et d’adolescentes vivant au Danemark, âgées de 15 à 34 ans.  L’étude a été menée entre le 1er Janvier 2000 et le 31 Décembre 2013. Toutes les femmes avec antécédent dépressif ou prise antérieure d’AD étaient exclues, tout comme celles qui présentaient une contre-indication à la contraception hormonale, celles traitées pour cancer, thrombose veineuse ou pour infertilité. L’analyse a différencié les divers types d’œstrogènes et de progestatifs utilisés, la durée des traitements et la voie d’administration. Le groupe de référence, pour comparaison, était constitué de femmes qui n’avaient jamais eu recours à la contraception hormonale ou qui l’avaient arrêté plus de 6 mois auparavant. Deux modalités évolutives ont été examinées : la première prise d’AD dans les suites d’une contraception hormonale, et le premier diagnostic posé de dépression, tant chez les patientes externes que celles hospitalisées en milieu psychiatrique. De nombreuses covariables ont été prises en compte, sociodémographiques ou pathologiques, telles la notion d’ovaires polykystiques, d’endométriose ou encore l’indice de masse corporelle et la consommation de tabac.

La cohorte inclut 1 061 938 femmes, d’âge moyen (SD) 24,4 ans (0,001). Le suivi est, en moyenne, de 6,4 (0,004) ans, soit 6 832 938 personnes-années (PA). Durant cette période, 55,5 % de la population féminine a eu recours à la contraception hormonale. On relève, dans le même temps, 133 175 premières prescriptions d’AD et 23 077 diagnostics nouveaux de dépression. Les femmes sous contraceptifs étaient âgées, en moyenne, de 24,3 (0,01) ans vs 24,4 (0,01) chez les non utilisatrices. Celles ayant bénéficié d’un dispositif intra-utérin (DIU) au lévonorgestrel étaient plus âgées, autour de 31 (0,05) ans. Les femmes avec contraception orale combinée à 50 µg d’estrogènes, implants ou médroxyprogestérone en dépôt avaient, dans l’ensemble un niveau d’éducation moindre que les autres utilisatrices.

Risque augmenté de dépression quel que soit le type de contraception hormonale

Globalement, pour l’ensemble des femmes sous contraception hormonale, le taux brut d’incidence d’une première prise d’AD s’établit à 2,2/100 PA et celui du premier diagnostic de dépression posé en hôpital psychiatrique à 0,3/100 PA. Comparativement, chez les non utilisatrices, ces taux sont plus fiables, respectivement, de 1,7 et de 0,28/100 PA. Le ratio de risque (RR) s’élève à 1,23 (intervalle de confiance à 85 % [IC] : 1,22-1,25), tous moyens contraceptifs hormonaux confondus. Il passe à 1,34 (IC : 1,27-1,41) en cas de prise de pilules progestatives, à 2,0 (IC : 1,76-2,11) avec les patches transdermiques (norgestrolmine), à 1,6 (IC : 1,55-1,69) avec un anneau vaginal (étonogestrel), à 2,1 (2,01-2,24) pour les implants, à 1,4 (IC : 1,31-1,42) avec le DIU et culmine à 2,7 (IC : 2,45-2,87) pour l’acétate de médroxyprogestérone en dépôt. Les RR pour un premier diagnostic de dépression sont identiques ou légèrement plus bas. Une analyse stratifiée en fonction de l’âge fait apparaître que le RR tend à diminuer avec les années. Il est plus important chez les adolescentes entre 15 et 19 ans, s’établissant, dans cette population jeune à 2,2 (IC : 1,99-2,52) pour la prise de progestatifs, comparativement aux non utilisatrices. Le recours à un dispositif non oral triple le risque de prise d’AD.

L’étude révèle aussi que le RR augmente avec la poursuite de la contraception, passant de 1,1 (IC : 0,95-1,15) un mois après le début à 1,4 (IC : 1,27-1,50) après 3 mois d’utilisation d’hormones contraceptives. Plus tardivement, il y a une tendance à la normalisation avec un RR de 1,1 (IC : 1,08-1,13) pour un durée d’utilisation entre 1 et 4 ans, puis même de 0,9 (IC : 0,87-0,97) entre 4 et 7ans. La prise en compte d’un tabagisme éventuel ou de l’indice de masse corporelle ne modifie pas significativement les résultats, en dehors du cas de la médroxyprogestérone en dépôt où le RR chute de 2,4 (IC : 2,09- 2,75) à 1,9 (IC : 1,65- 2,16) après ajustement. En se basant sur l’âge de la femme en début de la contraception, le RR est calculé à 1,8 (IC 1 ,72-1,88) chez les adolescentes entre 15 et 19 ans et baisse à 1,4 (IC : 1,29-1 ,47) en cas de première utilisation plus tardive, entre 20 et 30 ans.

Les adolescentes plus vulnérables

Ce travail confirme que tous les types de contraception hormonale sont positivement associés à une utilisation plus importante des AD et à un diagnostic plus fréquent de dépression. Se trouve ainsi renforcé le rôle probable de la progestérone dans la physiopathologie des syndromes dépressifs. Le risque est plus grand en cas de dispositifs trans dermiques ou d’anneaux vaginaux, probablement plus à cause des doses requises que de la voie d’administration en elle-même. Il est aussi plus élevé chez les adolescentes que chez les femmes de 20 à 30 ans. La force de cette étude tient dans l’importance de la cohorte et dans la longueur du suivi et dans l’analyse de 2 paramètres distincts : la consommation initiale d’AD et l’incidence des syndromes dépressifs. A l’inverse, il est possible qu’une sous-estimation du risque ait été le fait des praticiens. Les patientes institutionnalisées, celles avec retard mental ou présentant une pathologie psychiatrique grave ont pu plus souvent se voir administrer des produits contraceptifs de longue durée d’action comme les dépôts ou les implants. Surtout, la date des premiers rapports sexuels a pu être un facteur confondant majeur bien que, au Danemark, les relations sexuelles chez les adolescentes précédent généralement le début de la contraception.

En conclusion, l’utilisation d’une contraception hormonale est associée à un risque majoré de prise ultérieure d’AD ou de dépressions. Les adolescentes sont les plus vulnérables, avec un risque plus important que pour les femmes de 20 à 30 ans. Des études ultérieures restent à mener pour savoir si la dépression doit être considérée comme un effet secondaire potentiel de la pratique d’une contraception hormonale.

Dr Pierre Margent

Référence
Skovlund C W et coll. : Association of Hormonal Contraception with Depression. JAMA Psychiatry. 2016 ; publication avancée en ligne le 28 septembre. doi: 10.1001/jamapsychiatry.2016.2387.

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Source : JIM.fr – Où la contraception mène à la dépression

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