Etude : Recours croissant aux neuroleptiques, les consommateurs de psychotropes exclus du marché du travail – JIM.fr

Portant sur plus de 70 000 sujets âgés de 23 à 65 ans et recensés comme «nouveaux utilisateurs d’un traitement antipsychotique» entre 2007 et 2012, une étude de cohorte réalisée au Danemark analyse les caractéristiques de ces consommateurs en recourant à des modèles de régression linéaire et en ajustant les données pour tenir compte de plusieurs facteurs confondants : âge, sexe, diagnostic, statut matrimonial, niveau d’études, recours aux services de santé mentale.

Les auteurs observent que « la majorité des nouveaux utilisateurs de neuroleptiques» reçoit des revenus de substitution (prestations sociales, revenus sociaux) «pendant des durées prolongées », et encore plus longtemps en cas de prescriptions multiples (association de plusieurs molécules à visée psychotrope).

On constate surtout que, pour les intéressés, le «risque de quitter définitivement le marché du travail » est associé à ce contexte de prescriptions multiples de neuroleptiques (qui reflètent sans doute des difficultés majeures d’insertion socioprofessionnelle).

Les auteurs estiment donc que ces traitements neuroleptiques (notamment lorsqu’ils sont combinés entre eux ou associés à d’autres molécules psychotropes) pourraient servir d’indicateurs utiles pour repérer « les sujets ayant particulièrement besoin d’être assistés afin de maintenir leur lien au monde du travail. »

Partout en Europe, rappelle European Psychiatry, le recours aux «traitements antipsychotiques » (autrement dit aux neuroleptiques) augmente, et cette inflation thérapeutique est d’autant plus marquée que ces produits sont de plus en plus utilisés sur un mode « off-label », c’est-à-dire en dehors de leurs indications officielles, stipulées dans leurs autorisations de mise sur le marché (AMM), lesquelles concernent principalement les psychoses et certains cas de troubles bipolaires.

Une recherche effectuée au Royaume-Uni[1] avait ainsi montré que, pour la plupart des neuroleptiques, seule « moins de la moitié » des patients reçoit ce type de médicaments pour une indication approuvée par leur AMM, et ces prescriptions de « première ligne » (primary care) interviennent sans preuve d’une efficacité hors de l’AMM, et malgré l’absence d’un rapport bénéfices/risques favorable.

[1] Marston L. & coll.:

Prescribing of antipsychotics in UK primary care: a cohort study. BMJ Open 2014; 4(12):e006135.

Dr Alain Cohen

RÉFÉRENCE

Baandrup L et Kruse M :

New users of antipsychotic medication: A population-based cohort study of occupational outcome measures in relation to antipsychotic on-label and off-label prescribing practices.

European Psychiatry, 2016 ; 31: 66–71

Source : La psychiatrie française en revue, etc.: Des conséquences sociales du recours croissant aux neuroleptiques

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