Une nouvelle étude en faveur d’un lien entre troubles autistiques et exposition in utero à certains antidépresseurs- APM International

WASHINGTON, 15 décembre 2015 (APM) –

Les enfants dont la mère a pris des antidépresseurs au cours du deuxième et/ou troisième trimestre de grossesse, en particulier des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), présentent un risque accru de développer des troubles du spectre de l’autisme, montre une nouvelle étude canadienne publiée lundi par JAMA Pediatrics.

(Remarques basées sur la fin de l’article :

  • Des travaux supplémentaires sont nécessaires pour évaluer précisément le risque d’autisme associé à chaque type d’antidépresseur et à la dose au cours de la grossesse.

  • Les données de l’étude ne permettent pas de conseiller d’éviter systématiquement les antidépresseurs au cours de la grossesse ni de les maintenir de manière absolue puisqu’une dépression non traitée au cours de la grossesse pourrait aussi avoir des effets délétères sur le développement cérébral de l’enfant.)

Le lien entre la prise d’antidépresseurs pendant la grossesse et le risque d’autisme chez l’enfant est encore controversé, notamment parce que l’étiologie de cette pathologie reste mal établie, rappellent Takoua Boukhris de l’université de Montréal et ses collègues. Les quelques études menées jusqu’à présent ont donné des résultats contradictoires et présentaient des limites méthodologiques.Pour pallier les biais potentiels, les chercheurs ont utilisé une vaste cohorte de population portant sur l’ensemble des grossesses survenues dans la province de Québec entre le 1er janvier 1998 et le 31 décembre 2009. Ils ont analysé les données de 145.456 enfants nés vivants à terme d’une grossesse simple et de leur mère, disponibles sur au moins un an avant la grossesse et au cours de celle-ci, à partir d’une base de données de l’assurance maladie sur les médicaments.Tous les enfants avec un diagnostic de troubles du spectre autistique posé entre la naissance et la fin du suivi, jusqu’à 6,2 ans en moyenne, selon la classification internationale des maladies CIM-9 ont été identifiés.Au cours d’un suivi total de 904.035,5 personnes-années, 1.054 enfants ont eu un diagnostic de troubles du spectre de l’autisme (0,7%), avec un rapport de quatre garçons pour une fille.L’analyse des données après ajustement pour l’ensemble des facteurs potentiels de confusion (caractéristiques sociodémographiques, antécédents psychiatriques et comorbidités de la mère, ainsi que caractéristiques du nouveau-né) montre que la prise d’antidépresseurs au cours de l’année précédant la grossesse et au cours du premier trimestre de grossesse n’est pas associée à un diagnostic de troubles autistiques chez l’enfant.

Seule la prise d’antidépresseurs au cours du second et/ou troisième trimestre de grossesse est associée de manière significative au plan statistique avec des troubles autistiques chez l’enfant, avec un risque accru de 87% par rapport à des mères n’ayant pas été exposées à ces médicaments à la même période.

Les chercheurs ont également pu conduire une analyse en fonction des différentes classes d’antidépresseurs: il apparaît que le risque de troubles du spectre de l’autisme chez l’enfant est uniquement augmenté chez les femmes traitées par ISRS seuls par rapport à celles ne prenant pas d’antidépresseurs pendant la grossesse, avec un risque relatif de 2,17.

Le risque n’était pas augmenté chez les femmes exposées uniquement à des inhibiteurs de la recapture à la fois de la sérotonine et de la noradrénaline ou à des tricycliques et les données pour les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO) ou les autres familles d’antidépresseurs étaient insuffisantes pour analyse.

Les femmes exposées à plusieurs antidépresseurs à la fois avaient aussi un risque accru d’avoir un enfant atteint d’un trouble du spectre de l’autisme, multiplié par 4,4 par rapport à des femmes ne prenant pas du tout ces médicaments.

Dans cette vaste étude de cohorte en population générale, les enfants exposés à des antidépresseurs, en particulier les ISRS ou des traitements combinés, au cours du deuxième et/ou troisième trimestres de grossesse de leur mère présentent un risque de développer des troubles du spectre de l’autisme, indépendamment des antécédents de dépression maternelle, concluent les chercheurs.

Des travaux supplémentaires sont nécessaires pour évaluer précisément le risque d’autisme associé à chaque type d’antidépresseur et à la dose au cours de la grossesse.

Dans un éditorial, le Dr Bryan King de l’université de Washington à Seattle estime que ces données ne permettent pas de conseiller d’éviter systématiquement les antidépresseurs au cours de la grossesse ni de les maintenir de manière absolue puisqu’une dépression non traitée au cours de la grossesse pourrait aussi avoir des effets délétères sur le développement cérébral de l’enfant.

(JAMA Pediatrics, édition en ligne du 14 décembre)ld/san/APMredaction@apmnews.com

Source : APM International – Dépêche numéro 266021

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