Suicide des personnes âgées : briser le tabou – Isère Magazine

Taux de Décès par suicide en FranceMoins médiatisé que le suicide des jeunes, le phénomène prend pourtant une ampleur inquiétante. En 2010 en France, 28 % des 
10 500 suicides soit 2 940 concernaient des personnes de plus de 65 ans, alors qu’elles ne représentent que 16 % de la population ! Neuf sur dix étaient le fait de personnes âgées qui vivaient à domicile et un sur dix en établissement. Et plus on avance en âge, plus le bilan s’alourdit. “Le suicide d’une personne âgée heurte énormément”, témoigne Marc Dubuc, médecin psychiatre au CHU de Grenoble, qui s’occupe des patients hospitalisés suite à une tentative de suicide.

Au fil des années, Maurice, 85 ans, se voyait diminuer. Cet habitant de Voiron, toujours très dynamique, souffrait d’un cancer qui l’empêchait de s’occuper de son jardin et de sa maison. Le vieil homme, qui vivait seul, ne supportait plus cet état de dépendance.  Il a préféré mettre fin à ses jours plutôt qu’être placé en établissement.

Pour les professionnels de la santé, la première raison d’en finir avec la vie est d’ordre médical. “70 % des personnes âgées qui passent à l’acte présentent un état dépressif majeur. Cela se manifeste par une profonde tristesse, une perte d’élan vital, un repli sur soi… Cet état peut parfois être marqué par des troubles anxieux importants ou une hostilité inhabituelle, souligne Marc Dubuc.

Les autres sont  victimes de 
maladie, souffrent de douleurs importantes et craignent de perdre leur autonomie. L’isolement, l’impression d’être une charge pour l’entourage et de ne pas avoir d’utilité, ainsi que des étapes de la vie très critiques, comme l’entrée en établissement, sont aussi des facteurs déclencheurs.”

Chez les seniors, une pensée suicidaire se traduit très vite par un passage à l’acte. Et ils survivent rarement. Ils planifient leur geste et choisissent en général des modes opératoires d’une grande violence (armes à feu, pendaison, défenestration) qui ne laissent aucune chance de survie.
Fragilisés par l’âge, ils sont aussi plus vulnérables aux chocs et aux abus de médicaments. “Sur 160 jeunes femmes de moins de 20 ans qui tentent de mettre fin à leurs jours, une va décéder. Alors que chez les plus de 70 ans, une tentative sur trois se soldera par la mort et presque toutes chez les hommes”, poursuit Marc Dubuc.
Même si elles étaient déterminées, la plupart des personnes avait envoyé préalablement des signaux d’alarme. “Les trois quarts avaient consulté un médecin dans les semaines précédant leur mort, prétextant une fatigue et des douleurs somatiques, rappelle Marc Dubuc. Et 70 % avaient émis des idées suicidaires.”
Ces chiffres sont révélateurs d’un malaise social et doivent interpeller tous ceux qui ont des personnes âgées dans leur entourage. “Notre société pense à tort que cette génération ne se suicide pas et que la tristesse est un état normal lorsqu’on est vieux. Or, on peut être âgé et vivre heureux. Notre rôle et celui de toute la société est de montrer aux anciens qu’ils ont une utilité dans la société, auprès de leurs enfants, de leurs petits-enfants et qu’ils sont là pour transmettre leur savoir”,  insiste Marc Dubuc.
Les plus fragiles sont ceux qui vivent seuls ou qui ont des difficultés à solliciter leurs proches, craignant de déranger. L’un des premiers enjeux est de les sortir de l’isolement.
En 2008, sous l’impulsion de la Caisse de retraite Premalliance AG2R, une dizaine d’associations et d’institutions ont ainsi créé le Collectif isérois pour la prévention du suicide chez les personnes âgées afin de sensibiliser le grand public et les professionnels du secteur médico-social : infirmiers, assistants de vie, médecins généralistes… Rencontres, projections de films et campagnes de communication favorisent la prise de conscience et permettent de repérer les signes avant-coureurs.

Montrer aux anciens qu’ils sont utiles

De son côté, le Conseil général est à l’origine d’initiatives comme le dispositif de cohabitation intergénérationnellequi invite jeunes et anciens à vivre sous le même toit.
“Nous développons aussi les aides à domicile ou l’accueil de jour, qui permettent aux personnes âgées de vivre le plus longtemps possible  chez elles tout en étant épaulées, rappelle Gisèle Perez, vice-présidente du Conseil général chargée de la solidarité avec les personnes âgées. Et nous menons des actions en direction des aidants familiaux…, qui mettent l’accent sur les maux de la vieillesse.”
Si le Conseil général agit, les familles et le voisinage ont un rôle primordial. Le nombre important de décès survenus lors de la canicule de 2003 a révélé à quel point les personnes âgées pouvaient être isolées.
Le nombre de suicides chez cette tranche d’âge est un autre signal d’alerte. “Au moindre doute, n’hésitez pas à demander à la personne âgée si elle est malheureuse au point d’envisager de se supprimer”, préconise le docteur Dubuc. “Si c’est le cas, accompagnez-la chez un psychologue, un psychiatre ou un médecin qui évaluera avec elle les moyens à mettre en œuvre pour la protéger.
Un conseil qui permet de libérer la souffrance et d’éviter des drames, avec la culpabilité de n’avoir rien vu venir.

viaSuicide des personnes âgées : briser le tabou – Isère Magazine.

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